Chilpéric Ier règne sur la Neustrie, royaume occidental centré autour de Soissons et plus tard de Paris par intermittence. Son pouvoir s’exerce dans un espace plus densément peuplé, plus riche, mais aussi plus instable politiquement. Dès le début, Chilpéric se distingue par une volonté obsessionnelle d’étendre son autorité, y compris au détriment de ses frères.
Contrairement à Sigebert, Chilpéric gouverne par la violence assumée. Guerres incessantes, éliminations d’adversaires, manipulations dynastiques : son règne est une suite ininterrompue de conflits. Il ne cherche pas à stabiliser le système, mais à l’exploiter à son profit. Dans cette logique, son union avec Frédégonde devient déterminante. Frédégonde n’est pas une simple épouse : elle est une actrice politique redoutable, organisatrice d’assassinats, stratège des intrigues de cour, incarnation de la brutalité du pouvoir mérovingien.
La rivalité avec Sigebert structure tout son règne. Chilpéric n’accepte jamais la supériorité morale ou politique de son frère. Lorsque Sigebert semble l’emporter, Frédégonde orchestre son assassinat, permettant à Chilpéric d’éviter une défaite totale. Mais cette victoire est illusoire : elle enferme le royaume dans un cycle de violences dont Chilpéric lui-même ne sortira pas.
Paradoxalement, Chilpéric s’intéresse aux questions religieuses et culturelles. Il écrit, discute de théologie, tente même de réformer certains aspects liturgiques. Mais cette facette intellectuelle reste marginale, étouffée par la brutalité de son action politique. Chez lui, la culture ne tempère pas la violence ; elle cohabite avec elle.
En 584, Chilpéric est assassiné, probablement victime des mêmes mécanismes qu’il a contribué à généraliser. Sa mort ne clôt pas les conflits : elle les prolonge, à travers les luttes impliquant Frédégonde, Brunehaut et leurs descendants. Son règne incarne la face la plus sombre du système mérovingien : un pouvoir personnel, instable, exposé en permanence à la trahison et au meurtre.