La défense de Paris donne à Eudes une réputation qui dépasse son comté. En 888, une partie des princes et des évêques le choisit comme roi malgré l’existence du jeune Carolingien Charles le Simple. Son règne montre ensuite qu’une victoire et un sacre ouvrent l’accès au trône, tandis que gouverner exige des ralliements renouvelés.
Probablement né vers 860, Eudes est l’aîné des fils de Robert le Fort. À l’automne 885, une flotte viking remonte la Seine et trouve les ponts de Paris fermés. Le comte partage la défense avec l’évêque Gauzlin et une petite garnison. Assauts, incendies, crue et maladie éprouvent la cité pendant des mois. Le moine Abbon, témoin admiratif, transforme cette résistance en récit héroïque ; sa ferveur éclaire la naissance d’une réputation plus qu’elle ne fournit un compte rendu neutre.
Sa conduite à Paris change son rang politique. Le nom de Robert le Fort lui donne des parents, des alliés et une mémoire militaire ; le siège lui apporte une preuve publique de commandement. Lorsque l’empereur Charles le Gros négocie le passage des assaillants vers la Bourgogne, beaucoup opposent cette décision à l’endurance des défenseurs. Eudes apparaît alors comme l’homme qui a tenu quand le souverain a choisi le compromis.
Après la déposition de Charles le Gros, aucun adulte ne s’impose par la seule naissance. Charles le Simple, dernier fils de Louis le Bègue, a environ huit ans. Des comtes et des évêques capables de fournir troupes, forteresses et relais religieux choisissent Eudes. Gautier de Sens le consacre à Compiègne le 29 février 888. Le choix reste contesté : une seconde consécration à Reims, en novembre, puis le ralliement de l’Aquitaine montrent que l’avènement se construit région après région.
La victoire de Montfaucon, pendant l’été 888, confirme l’image du défenseur. Des Vikings qui ont ravagé la région sont battus en Argonne, mais d’autres bandes poursuivent leurs incursions. Eudes doit donc gouverner autant que combattre. Il se déplace avec sa cour, arbitre des conflits, confirme les biens des églises et réunit les princes dont les hommes donnent une force réelle à ses décisions.
Cette obéissance varie selon les régions. Certains princes d’Aquitaine tardent à reconnaître Eudes ; le comte de Flandre lui résiste ; ailleurs, une querelle locale peut faire changer un allié de camp. Les diplômes royaux étudiés par Robert-Henri Bautier attestent un gouvernement actif, mais géographiquement inégal. Le roi agit par ses voyages, ses actes et ses relations personnelles, dans un royaume dépourvu d’administration continue et de frontières nationales modernes.
Le 28 janvier 893, l’archevêque Foulques de Reims et plusieurs princes font consacrer Charles le Simple à Saint-Remi. Deux hommes portent désormais le même titre royal. Chacun s’appuie sur des fidélités concrètes : des parents, des évêques, des places fortes et des contingents armés. Arnulf de Germanie intervient dans leurs calculs, tandis que certains grands négocient ou changent de camp. La guerre oppose donc deux coalitions autant que deux familles.
Eudes garde l’avantage militaire, tandis que Charles conserve une partie du prestige carolingien et des soutiens dans le royaume. Vers 896 ou 897, les deux camps parviennent à un accord dont les clauses exactes restent débattues. L’essentiel se lit dans la succession : Eudes demeure roi jusqu’à sa mort et Charles reçoit la perspective de lui succéder. Le compromis transforme une rivalité indécise en partage du présent et de l’avenir.
Eudes meurt au début de janvier 898. La succession prévue porte Charles le Simple au trône unique, et Robert reconnaît le nouveau roi. En retour, le frère d’Eudes reçoit ou conserve les comtés, les abbayes et les droits qui font de lui le principal prince entre Seine et Loire. La famille perd la couronne, mais garde les moyens matériels et humains de peser sur le royaume.
Le règne d’Eudes révèle une possibilité nouvelle. La réputation acquise dans la défense de Paris, le choix des princes et la consécration ont porté au trône un homme extérieur à la lignée carolingienne. Dix ans plus tard, Charles reprend la couronne grâce à sa naissance, à ses soutiens et au compromis conclu avec son rival. L’épisode ouvre durablement la compétition royale sans en fixer le vainqueur futur.