Sigebert Ier règne sur l’Austrasie, vaste royaume oriental, frontalier des mondes germaniques. Contrairement à Paris ou à la Neustrie, l’Austrasie est un espace de marges, de contacts militaires permanents, où le roi doit sans cesse prouver sa capacité à défendre le territoire. Ce contexte forge un souverain plus structuré, plus attentif à l’aristocratie et à l’armée.
Dès le partage de 561, Sigebert apparaît comme celui qui cherche à stabiliser le pouvoir mérovingien. Il gouverne depuis Metz, s’appuie sur les élites locales et comprend très tôt que l’alliance avec l’Église est un levier politique majeur. Son mariage avec Brunehaut, princesse wisigothe cultivée et politiquement ambitieuse, renforce cette orientation. Brunehaut n’est pas une épouse effacée : elle participe activement au gouvernement, conseille, intrigue, et incarne une vision plus organisée de l’État.
Mais cette tentative de structuration se heurte frontalement à son frère Chilpéric, roi de Neustrie. Leur rivalité n’est pas seulement fraternelle : elle oppose deux conceptions du pouvoir. Sigebert cherche la légitimité par l’ordre, l’alliance et la continuité ; Chilpéric impose son autorité par la force, la violence et la terreur. La rivalité s’envenime encore lorsque Brunehaut entre en conflit direct avec Frédégonde, épouse de Chilpéric, transformant une querelle politique en guerre familiale totale.
En 575, alors que Sigebert semble proche de triompher militairement de Chilpéric et d’imposer sa suprématie sur le monde franc, il est assassiné, poignardé par des hommes à la solde de Frédégonde. Cette mort brutale n’est pas un simple fait divers : elle marque l’échec d’un projet politique. Avec Sigebert disparaît la tentative la plus aboutie de construire une royauté mérovingienne stable et institutionnelle.
Sa mort ouvre une longue période de chaos, de régences et de vengeances, dans laquelle Brunehaut jouera encore un rôle central. Le règne de Sigebert montre à quel point, chez les Mérovingiens, la construction de l’État reste fragile, constamment menacée par la violence familiale.