Thierry III règne plus longtemps que Clovis III, mais cette durée est trompeuse. Son règne s’inscrit dans une période où le pouvoir royal est structurellement affaibli et où l’autorité effective appartient aux maires du palais, selon des logiques régionales distinctes.
En Neustrie, Thierry III est dominé par Ébroïn, qui gouverne de fait. En Austrasie, le pouvoir est entre les mains des Pippinides, notamment Pépin de Herstal, ancêtre direct des Carolingiens. Le royaume franc est donc unifié en apparence, mais fragmenté dans son exercice réel du pouvoir.
Thierry III ne commande ni l’armée, ni la fiscalité, ni les grandes orientations politiques. Son rôle consiste à valider, légitimer, sceller des décisions prises ailleurs. Il est maintenu sur le trône non pour sa capacité à gouverner, mais parce qu’un roi mérovingien reste nécessaire pour donner une façade légale aux actions des véritables détenteurs du pouvoir.
Les chevauchements de règne, les changements d’allégeance régionale et les tensions entre Austrasie et Neustrie ne sont pas des anomalies : ils sont le fonctionnement normal du royaume à cette époque. Thierry III n’est pas un souverain faible par caractère, mais un roi structurellement dépossédé.
À sa mort en 691, aucune rupture politique majeure ne se produit. Le système continue. C’est précisément ce silence qui est parlant : le roi n’est plus le moteur de l’histoire. Le centre de gravité s’est définitivement déplacé vers les maires du palais, préparant la disparition prochaine de la dynastie mérovingienne.