Thierry IV devient roi alors que la monarchie mérovingienne est déjà vidée de sa substance politique. Il n’accède pas au trône pour gouverner, ni même pour tenter de le faire. Il est là parce que le titre existe encore, parce que la dynastie n’a pas encore été officiellement remplacée, et parce qu’il est plus simple de conserver un roi que d’assumer ouvertement la fin d’un ordre ancien.
Dès le début de son règne, le pouvoir réel est clairement ailleurs. Les décisions militaires, politiques et territoriales sont prises par le maire du palais, Charles Martel, dont l’autorité dépasse largement celle du roi. Thierry n’est pas tenu à l’écart par la force ; il est simplement hors du jeu. Il n’y a pas de conflit entre le roi et le pouvoir réel, parce qu’il n’y a plus de concurrence possible.
La vie royale de Thierry IV se déroule dans cette marginalité silencieuse. Il est reconnu, présent dans les formes, mais absent des choix structurants. Rien n’indique qu’il ait cherché à s’opposer ou à reprendre la main. À ce stade, la fonction royale n’offre plus de leviers : elle est devenue une survivance, respectée par habitude plus que par nécessité.
À sa mort, aucune crise dynastique ne s’ouvre réellement. Le trône reste vacant un temps, sans que cela n’empêche le pouvoir de s’exercer. Ce moment est essentiel pour comprendre Thierry IV : avec lui, on voit clairement que le royaume peut désormais se passer d’un roi. La disparition de la dynastie mérovingienne n’est plus qu’une question de décision formelle. Le basculement a déjà eu lieu.