Carolingiens
751 – 987
2 siècles13 roisEn 751, les Carolingiens prennent officiellement une couronne que leur famille dominait déjà depuis plusieurs générations. Avec Charlemagne, leur pouvoir atteint une dimension impériale avant que les partages successoraux, les rivalités et la montée des grands princes ne fragmentent progressivement cet ensemble et n’ouvrent la voie aux Capétiens.
Lorsque Pépin le Bref devient roi des Francs en 751, sa famille exerce déjà depuis plusieurs générations l’essentiel du pouvoir auprès des derniers rois mérovingiens. Son père, Charles Martel, n’avait jamais porté le titre de roi, mais il gouvernait de fait une grande partie du royaume comme « maire du palais », fonction devenue bien plus puissante que son nom ne le laisse penser. Pépin franchit donc une étape décisive : il ne gouvernera plus au nom d’un Mérovingien. Il sera roi lui-même.
Encore faut-il rendre ce changement légitime. Pépin recherche l’appui de l’Église et reçoit le sacre, renouvelé en 754 par le pape Étienne II. L’alliance est avantageuse pour les deux parties : la nouvelle dynastie obtient une consécration religieuse, tandis que la papauté trouve chez les Francs un protecteur face notamment aux Lombards, qui dominent alors une grande partie de l’Italie. Le lien entre monarchie franque, sacre et Église vient de prendre une importance qu’il conservera pendant des siècles.
À la mort de Pépin en 768, le royaume est partagé entre ses fils Charles et Carloman, conformément à une pratique franque qui considère encore largement le royaume comme un héritage familial. Carloman meurt trois ans plus tard. Charles se retrouve seul à la tête des Francs.
C’est Charlemagne.
Son règne change d’échelle. Par la guerre, les alliances et une activité politique presque incessante, il étend son autorité sur le royaume lombard en Italie, la Saxe, la Bavière et de vastes territoires d’Europe centrale et occidentale. Son ensemble politique finit par couvrir une grande partie de l’Occident chrétien. Le 25 décembre 800, à Rome, le pape Léon III le couronne empereur. Plus de trois siècles après la disparition du dernier empereur romain d’Occident, un souverain occidental porte de nouveau le titre impérial.
Il ne faut pourtant pas imaginer l’empire de Charlemagne comme un État moderne administré depuis une capitale unique. Le souverain et sa cour se déplacent beaucoup. Des comtes exercent localement son autorité ; des évêques jouent également un rôle politique important ; des envoyés appelés missi dominici parcourent les territoires afin de contrôler les responsables locaux et de transmettre les décisions royales. Les « capitulaires », textes organisés en courts chapitres, permettent notamment de diffuser certaines règles et instructions.
La cour carolingienne ne s’intéresse pas seulement à la guerre et au gouvernement. Charlemagne attire des lettrés, encourage les écoles liées aux monastères et aux évêchés et favorise la copie des textes. Une écriture plus régulière et plus lisible, la minuscule caroline, se diffuse largement. Cette période de renouvellement culturel, appelée renaissance carolingienne, contribuera à transmettre jusqu’à nous de nombreux textes antiques et chrétiens.
Mais l’immensité de l’empire contient aussi sa fragilité.
Louis le Pieux succède seul à Charlemagne en 814. Il tente d’organiser sa propre succession tout en maintenant l’unité impériale, mais les rivalités entre ses fils provoquent des années de conflits. Après sa mort, trois d’entre eux finissent par conclure en 843 le traité de Verdun : l’empire est partagé en trois grands ensembles. Lothaire conserve une longue bande centrale et le titre impérial ; Louis le Germanique reçoit la partie orientale ; Charles le Chauve obtient la Francie occidentale.
Cette Francie occidentale n’est pas encore la France. Mais c’est principalement à partir d’elle que se développera progressivement le royaume qui nous intéresse ici.
Les souverains carolingiens qui y règnent doivent bientôt affronter d’autres difficultés. Des groupes vikings remontent les fleuves, pillent certaines villes et monastères et obligent le pouvoir à organiser la défense. Dans le même temps, de grandes familles aristocratiques renforcent leur implantation locale. Le roi reste au sommet de la hiérarchie, mais il ne contrôle pas directement tout ce qui se passe dans son royaume.
À la fin du IXe siècle apparaît alors un phénomène nouveau : être carolingien ne garantit plus automatiquement la couronne. En 888, après la déposition de Charles le Gros, les grands choisissent Eudes, comte de Paris, célèbre notamment pour avoir résisté aux Vikings lors du siège de la ville. Eudes appartient aux Robertiens, une puissante famille qui deviendra la principale rivale des Carolingiens — et dont descendra plus tard Hugues Capet.
Pendant près d’un siècle, la couronne peut ainsi revenir aux Carolingiens puis leur échapper. Charles le Simple est couronné en 893 alors qu’Eudes règne encore, puis s’impose après la mort de ce dernier. Robert Ier, frère d’Eudes, devient à son tour roi ; après sa mort, Raoul de Bourgogne occupe le trône. En 936, les grands rappellent finalement un Carolingien, Louis IV d’Outremer.
Après lui règnent son fils Lothaire puis son petit-fils Louis V.
En 987, Louis V meurt sans héritier. Un autre Carolingien, Charles de Lorraine, pourrait prétendre à la couronne, mais les grands du royaume choisissent Hugues Capet. Ce choix met fin au règne carolingien en Francie occidentale et ouvre une nouvelle histoire dynastique.
L’empire de Charlemagne a disparu depuis longtemps. Pourtant, les Carolingiens ont profondément transformé le monde qu’ils transmettent : le sacre a renforcé la dimension religieuse de la royauté, l’écrit a pris une place croissante dans le gouvernement, et l’ancienne unité franque a laissé apparaître des royaumes qui suivent désormais des trajectoires différentes.