Mérovingiens
457 – 751
3 siècles30 roisLes Mérovingiens apparaissent au Ve siècle, dans un monde où l’Empire romain d’Occident perd progressivement son autorité. Pendant près de trois siècles, ils gouvernent un royaume des Francs souvent partagé entre plusieurs héritiers et plusieurs espaces politiques. Leur histoire ne raconte pas encore la naissance de la France, mais celle d’un monde franc en construction, marqué par la rencontre des traditions franques, de l’héritage romain et du christianisme.
La dynastie doit son nom à Mérovée, un chef franc dont la vie demeure très mal connue. Les récits qui le concernent ont été rédigés longtemps après les événements et comportent une part de tradition et de légende. Son successeur Childéric Ier est mieux documenté. Roi des Francs établi à Tournai, il appartient encore pleinement au monde de l’Antiquité tardive : chef franc, il entretient également des liens avec les structures militaires et politiques romaines.
Vers 481 ou 482, son fils Clovis lui succède. À cette époque, il n’existe ni royaume franc unifié ni France. Plusieurs chefs francs exercent leur autorité sur différents territoires, tandis que l’ancienne Gaule romaine est partagée entre plusieurs pouvoirs. Clovis élimine ou soumet progressivement ses rivaux, étend son autorité vers le sud et devient le principal souverain franc de Gaule.
Sa conversion au christianisme catholique et son baptême à Reims constituent une étape majeure de son règne, même si leur date exacte reste discutée. En adoptant la religion professée par une grande partie des évêques et des populations gallo-romaines, Clovis renforce ses liens avec l’Église et avec les élites de l’ancienne Gaule romaine. Cette conversion ne crée pas la France, mais elle donne au pouvoir franc une assise politique et religieuse appelée à jouer un rôle durable.
À la mort de Clovis en 511, son royaume est partagé entre ses fils. Ce partage ne signifie pas que les Francs considèrent leur royaume comme définitivement détruit. Le pouvoir royal est alors conçu comme un patrimoine familial : chaque héritier reçoit une part du royaume tout en restant membre de la même dynastie et roi des Francs.
Au fil des successions, des guerres et des réunifications apparaissent plusieurs grands espaces politiques francs. L’Austrasie, située principalement à l’est, s’étend vers les régions du Rhin et de la Meuse. La Neustrie, à l’ouest, comprend notamment une partie du bassin parisien et des territoires de la Gaule du Nord. La Bourgogne constitue un autre ensemble important, issu de l’ancien royaume burgonde intégré au monde franc.
Ces royaumes ne doivent pas être compris comme des pays modernes ni comme trois territoires destinés à fusionner pour former directement la France. Ils sont des composantes mouvantes du monde franc mérovingien. Leurs frontières changent, ils peuvent être séparés ou réunis, et plusieurs souverains mérovingiens peuvent y régner simultanément.
Cette organisation explique pourquoi plusieurs rois de la dynastie portent le titre de roi des Francs au même moment. Elle provoque également de nombreuses luttes dynastiques. Les souverains cherchent à agrandir leur part du royaume, à assurer la succession de leurs enfants ou à affaiblir les autres branches de leur famille. Les reines et les grandes familles aristocratiques jouent elles aussi un rôle politique majeur. Brunehaut et Frédégonde, souvent réduites à une rivalité personnelle et sanglante, sont en réalité engagées dans des conflits opposant plusieurs royaumes, lignages et groupes de pouvoir.
En 613, Clotaire II parvient à réunir sous son autorité l’ensemble du royaume franc. Son fils Dagobert Ier conserve encore un pouvoir royal important. Mais après sa mort, en 639, les équilibres politiques évoluent. Plusieurs souverains montent sur le trône très jeunes, certains règnes sont courts et les grandes familles aristocratiques renforcent progressivement leur influence.
Les maires du palais, initialement chargés de l’administration de la maison royale, deviennent alors des acteurs politiques essentiels. En Austrasie, la famille des Pippinides accumule les fonctions, les terres et les fidélités. Pépin de Herstal, puis Charles Martel, exercent une part croissante du pouvoir tout en maintenant sur le trône des souverains mérovingiens dont la légitimité dynastique demeure encore nécessaire.
Les derniers Mérovingiens ont longtemps été désignés comme les « rois fainéants ». Cette expression donne l’image de souverains paresseux ayant volontairement abandonné le gouvernement. Elle est trompeuse. Elle a surtout été diffusée par les auteurs favorables aux Carolingiens, qui avaient intérêt à présenter la dynastie remplacée comme incapable de régner. L’effacement des Mérovingiens résulte davantage d’un déplacement progressif du pouvoir vers les maires du palais que d’une soudaine disparition de toute autorité royale.
En 751, Pépin le Bref fait déposer Childéric III, dernier roi mérovingien, puis devient roi des Francs. La dynastie mérovingienne laisse ainsi la place aux Carolingiens après près de trois siècles de règne. Le royaume des Francs ne disparaît pas : les nouveaux souverains reprennent et transforment les territoires, les réseaux aristocratiques, les pratiques de gouvernement et les relations avec l’Église développés sous leurs prédécesseurs.