Robertiens
888 – 923
35 ans2 roisAvant d’obtenir la couronne, les Robertiens bâtissent leur puissance entre Seine et Loire par les commandements militaires, les comtés et le contrôle de grandes abbayes. Eudes puis son frère Robert deviennent rois dans deux crises différentes. Leurs règnes montrent comment la réputation, le sacre, la naissance et l’appui des princes se combinent au tournant des IXe et Xe siècles.
Avant de devenir rois, les Robertiens se font une place dans le royaume carolingien. Au IXe siècle, Charles le Chauve confie à Robert le Fort des comtés et des commandements militaires dans l’Ouest. La famille tire aussi des revenus et des relais de grands monastères. Ces charges viennent du roi, mais elles donnent à leur détenteur des hommes et des ressources qu’il peut mobiliser dans plusieurs régions.
Robert le Fort meurt en combattant des Vikings en 866. Ses fils Eudes et Robert sont encore jeunes ; Hugues l’Abbé protège alors leurs intérêts et exerce une partie des responsabilités paternelles. Vingt ans plus tard, Eudes défend Paris pendant le grand siège de 885–886. Sa conduite sous les assauts lui apporte davantage qu’une victoire locale : comtes, évêques et guerriers voient en lui un chef capable de protéger le royaume.
La déposition de Charles le Gros ouvre une crise en 887. Le Carolingien disponible, Charles le Simple, a environ huit ans. En février 888, une assemblée de princes et d’évêques choisit donc Eudes, un adulte déjà éprouvé au combat, puis Gautier de Sens le consacre à Compiègne. Une seconde consécration à Reims et des ralliements régionaux élargissent ensuite son autorité. Le choix d’un Robertien répond à une urgence de gouvernement ; la naissance carolingienne de Charles conserve pourtant ses défenseurs.
En 893, l’archevêque Foulques de Reims consacre Charles à son tour. Chaque roi dispose dès lors d’alliés, de soldats et d’actes reconnus dans une partie du royaume. Après plusieurs campagnes, Eudes et Charles négocient : Eudes garde la couronne jusqu’à sa mort, tandis que Charles obtient la succession en 898. Cette solution montre très concrètement comment fonctionne alors la légitimité : l’onction compte, la famille compte, et la capacité à réunir des soutiens décide de leur portée.
Robert respecte l’accord conclu par son frère et sert Charles le Simple pendant plus de vingt ans. Entre Seine et Loire, il dirige un ensemble discontinu de comtés, de domaines et d’abbayes. Être abbé laïc signifie ici contrôler des revenus, des terres et certaines nominations tout en laissant la vie religieuse aux moines. Ce réseau fait de Robert un soutien précieux du roi et lui donne aussi les moyens de lui résister.
La rupture de 922 naît de griefs devenus concrets. Charles favorise son conseiller Haganon, s’engage en Lotharingie et redistribue des honneurs dont vivent les réseaux princiers. Lorsqu’il retire l’abbaye de Chelles à Rothilde, belle-mère d’Hugues le Grand, plusieurs grands y voient une menace directe contre leurs positions. Ils choisissent Robert à Reims le 29 juin et le font consacrer le lendemain à Saint-Remi : leur révolte possède désormais son propre roi.
Robert meurt le 15 juin 923 dans la bataille de Soissons, mais ses troupes et celles de ses alliés forcent Charles à reculer. Les vainqueurs confient ensuite la couronne à Raoul de Bourgogne, gendre de Robert et membre d’une autre famille. Hugues le Grand, fils du roi défunt, garde les comtés, les abbayes et les hommes du réseau familial. La succession distingue ainsi deux héritages : Raoul reçoit la royauté ; Hugues conserve la puissance robertienne.
Après la mort de Raoul, les princes rappellent le Carolingien Louis IV. Hugues le Grand reste l’un des principaux arbitres du royaume, entre coopération et conflit avec le souverain. Son fils Hugues Capet sera élu en 987, soixante-quatre ans après Soissons. Pour les contemporains d’Eudes et de Robert, cette issue demeure ouverte parmi d’autres : chaque décès, alliance et élection peut encore modifier l’équilibre.