Un fondateur sculpté sept siècles plus tard
Entre 1239 et 1244, une statue de Childebert est réalisée pour la porte du réfectoire de Saint-Germain-des-Prés. Le fondateur de l’abbaye est mort depuis près de sept siècles. Couronne et sceptre lui donnent pourtant une présence familière aux moines qui passent devant son effigie. Conservée aujourd’hui au Louvre, elle perpétue le souvenir d’un protecteur royal avec les formes du XIIIe siècle : son visage appartient à cette mémoire, sans nous restituer l’apparence réelle de Childebert.
Une sœur ramenée trop tard
La Clotilde mariée au roi wisigoth Amalaric est la sœur de Childebert, et porte le même nom que leur mère. Grégoire raconte que son époux la maltraite parce qu’elle conserve sa foi catholique ; elle aurait envoyé à son frère un tissu taché de son sang pour appeler à l’aide. Childebert attaque Amalaric et reprend sa sœur, mais celle-ci meurt pendant le retour. Le récit donne à la campagne située vers 531 une urgence familiale et religieuse. Il conserve aussi l’issue amère d’une intervention qui ne ramène pas la princesse vivante en Gaule.
L’enfant que Childebert ne sauve pas
Après la mort de Clodomir, Childebert et Clotaire s’entendent pour écarter ses fils. Grégoire décrit pourtant une hésitation de Childebert au moment du meurtre : Gunthar, dont le frère vient d’être tué, se jette à ses genoux et le supplie de le protéger. Childebert demande sa grâce. Clotaire lui rappelle qu’il a lui-même voulu l’opération et le menace ; Childebert repousse alors l’enfant, qui est tué à son tour. Cette scène, transmise par le chroniqueur, ne l’innocente pas. Elle fait de son renoncement à protéger un neveu une part de sa responsabilité.
La tunique de saint Vincent
Pendant le siège de Saragosse par Childebert et Clotaire, les habitants parcourent les remparts en portant la tunique de saint Vincent. Selon Grégoire, les Francs prennent d’abord cette procession pour un rite magique. Un habitant interrogé leur explique qu’on implore la protection du martyr ; les assiégeants, impressionnés, se retirent. Le chroniqueur donne ainsi à une ville défendue par ses prières le pouvoir d’arrêter une armée. Cette lecture religieuse du siège éclaire la place de Vincent dans la mémoire de Childebert, sans suffire à expliquer toutes les raisons du retrait militaire.
« Je n’ai pas de fils »
À la mort de Thierry, en 533 ou 534, Childebert tente d’abord d’écarter Théodebert de la succession. Le neveu résiste grâce à ses soutiens. Childebert lui propose alors, selon Grégoire, de le considérer comme son fils, puisqu’il n’en a pas lui-même. Il l’accueille et le couvre de présents : armes, vêtements et chevaux conviennent au rang d’un roi. Le changement de ton est aussi un changement d’alliance. Une parenté politique peut rapprocher deux souverains que l’héritage opposait, sans que la formule suffise à établir une adoption au sens juridique moderne.