Bourbons
1589 – 1830
2 siècles7 roisDes guerres de Religion à la révolution de 1830, les Bourbons traversent plus de deux siècles durant lesquels la monarchie française atteint un sommet de puissance avant de connaître sa rupture la plus radicale. Henri IV rétablit le royaume, Louis XIV incarne l’apogée monarchique, puis la Révolution et la Restauration transforment définitivement la place du roi en France.
Lorsque Henri III est assassiné en 1589, le problème de sa succession paraît simple sur le papier et presque insoluble dans la réalité.
Le roi n’a pas d’enfant. Selon la succession masculine de la maison capétienne, son plus proche héritier est Henri de Bourbon, roi de Navarre et descendant de Saint Louis.
Mais Henri est protestant.
Or la France sort de près de trente années de guerres de Religion, une succession de conflits civils commencés en 1562 entre catholiques et protestants français, que l’on appelle aussi huguenots. Des massacres, des sièges, des assassinats politiques et l’intervention de puissances étrangères ont profondément déchiré le royaume.
Une partie des catholiques, regroupés dans la Ligue catholique, refuse donc de reconnaître un protestant comme roi de France.
Henri IV hérite du trône.
Il doit encore conquérir son royaume.
Après plusieurs années de guerre, il se convertit au catholicisme en 1593 et est sacré à Chartres l’année suivante, Reims étant alors contrôlée par ses adversaires. Paris finit par lui ouvrir ses portes. En 1598, l’édit de Nantes accorde aux protestants des droits religieux et certaines garanties de sécurité tout en maintenant le catholicisme comme religion dominante du royaume. Le texte contribue à clore les guerres de Religion.
La dynastie des Bourbons commence donc avec un roi qui cherche avant tout à rétablir la paix et l’autorité monarchique.
Henri IV est assassiné en 1610. Son fils Louis XIII n’a que huit ans.
Une nouvelle période de régence s’ouvre, pendant laquelle sa mère Marie de Médicis gouverne en son nom. Devenu adulte, Louis XIII s’appuie à partir des années 1620 sur le cardinal de Richelieu, son principal ministre.
Leur objectif n’est pas simplement de « rendre le roi absolu ». Ils cherchent surtout à empêcher que de grands nobles ou des organisations politiques et militaires à l’intérieur du royaume puissent défier durablement l’autorité de la couronne.
Les protestants français disposent alors, en vertu des accords conclus après les guerres de Religion, de plusieurs villes fortifiées servant de places de sûreté. Richelieu considère cette autonomie militaire comme un danger politique. Après le siège de La Rochelle, achevé en 1628, les protestants conservent certaines libertés religieuses mais perdent leurs principaux privilèges politiques et militaires.
La France intervient également dans la guerre de Trente Ans, immense conflit européen commencé en 1618 dans le Saint-Empire romain germanique et devenu progressivement une lutte entre les grandes puissances du continent. Bien que catholique, la monarchie française combat notamment les Habsbourg catholiques d’Espagne et d’Autriche : la rivalité politique et territoriale l’emporte ici sur la solidarité religieuse.
Louis XIII meurt en 1643.
Son fils Louis XIV a quatre ans.
Pendant son enfance, le royaume est gouverné par sa mère Anne d’Autriche avec le cardinal Mazarin. Quelques années plus tard éclate la Fronde : entre 1648 et 1653, plusieurs mouvements de révolte impliquant notamment le Parlement de Paris et de grands princes contestent la politique du gouvernement et, selon les moments, l’autorité de Mazarin et de la régence.
Le jeune Louis XIV connaît les barricades parisiennes, les déplacements précipités de la cour et la révolte de princes capables de lever leurs propres armées.
Cette expérience contribue à expliquer sa méfiance future envers tout pouvoir susceptible de rivaliser avec celui du roi.
En 1661, à la mort de Mazarin, Louis XIV décide de gouverner sans principal ministre. Le choix est spectaculaire : le roi entend désormais suivre personnellement les grandes affaires du royaume.
Le règne qui commence ainsi est celui que l’on associera le plus à la monarchie dite « absolue ». Le terme ne signifie pas que Louis XIV peut faire absolument tout ce qu’il souhaite sans lois, traditions ni contraintes. Il signifie que le roi considère ne partager avec aucune autre institution la souveraineté suprême : la décision politique finale doit procéder de lui.
Versailles devient progressivement l’une des expressions les plus visibles de cette conception du pouvoir. Le château n’est pas seulement une résidence somptueuse. Il accueille la cour, attire autour du roi une grande partie de la haute noblesse et met en scène quotidiennement la hiérarchie monarchique.
Dans le même temps, l’administration, l’armée, la diplomatie et les finances prennent une ampleur nouvelle. La France devient l’une des principales puissances européennes.
Cette grandeur a cependant son envers. Les guerres se succèdent et coûtent extrêmement cher. Les impôts pèsent lourdement sur une population déjà exposée aux mauvaises récoltes et aux crises économiques. En 1685, Louis XIV révoque l’édit de Nantes : le culte protestant est désormais interdit, des persécutions se développent et de nombreux protestants quittent le royaume.
Lorsque Louis XIV meurt en 1715 après soixante-douze années de règne, son arrière-petit-fils Louis XV n’a que cinq ans.
La France entre alors dans le XVIIIe siècle, un monde très différent de celui d’Henri IV.
Les sciences progressent, les échanges commerciaux se développent, les livres et journaux circulent davantage. Les philosophes des Lumières interrogent le fonctionnement de la société, l’autorité politique, la religion, la justice et les privilèges. Ils ne défendent pas tous les mêmes idées et ne réclament pas tous la disparition de la monarchie, mais ils contribuent à transformer la manière de penser le pouvoir.
Louis XV règne pendant près de soixante ans. La monarchie reste puissante, mais ses difficultés financières deviennent chroniques. La guerre de Sept Ans, conflit mondial de 1756 à 1763 opposant notamment la France et la Grande-Bretagne sur plusieurs continents, fait perdre à la France une grande partie de son premier empire colonial, particulièrement en Amérique du Nord.
Louis XVI monte sur le trône en 1774.
Le nouveau roi engage ou soutient plusieurs tentatives de réforme. La France intervient également dans la guerre d’indépendance américaine aux côtés des insurgés contre la Grande-Bretagne. La victoire américaine constitue un succès diplomatique contre le grand rival britannique, mais elle alourdit encore les finances du royaume.
À la fin des années 1780, le problème devient impossible à contourner : l’État est profondément endetté et les réformes fiscales se heurtent aux privilèges et aux institutions existantes.
Louis XVI convoque alors pour 1789 les États généraux, assemblée exceptionnelle qui réunit des représentants du clergé, de la noblesse et du tiers état, c’est-à-dire l’immense majorité de la population qui n’appartient ni aux deux premiers ordres.
Ils n’avaient pas été réunis depuis 1614.
Le roi espère résoudre une crise financière.
Il ouvre une révolution politique.
En quelques mois, les députés du tiers état se proclament Assemblée nationale, les privilèges sont abolis et la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen affirme de nouveaux principes de liberté, d’égalité juridique et de souveraineté nationale.
La monarchie existe encore, mais elle n’est déjà plus la même.
La tentative de fuite de Louis XVI en juin 1791, arrêtée à Varennes, aggrave profondément la méfiance envers le roi. En septembre, une monarchie constitutionnelle entre officiellement en vigueur : Louis XVI reste roi, mais son pouvoir est désormais limité par une Constitution.
La guerre contre l’Autriche puis la Prusse radicalise encore la situation. Le 10 août 1792, le palais des Tuileries est pris et le roi suspendu.
Le 21 septembre 1792, la République est proclamée.
Louis XVI n’est plus roi de France.
Il est exécuté le 21 janvier 1793.
On pourrait croire l’histoire des Bourbons terminée.
Elle reprend vingt et un ans plus tard.
En 1814, Napoléon Ier abdique après la défaite de l’Empire face aux puissances européennes coalisées. Les Bourbons sont rappelés au pouvoir : c’est la Restauration, terme qui désigne le rétablissement de la monarchie bourbonienne après la Révolution et l’Empire.
Le frère de Louis XVI monte sur le trône sous le nom de Louis XVIII.
Pourquoi Louis XVIII et non Louis XVII ? Parce que les royalistes avaient considéré le jeune fils de Louis XVI, Louis-Charles, prisonnier au Temple, comme roi après l’exécution de son père. L’enfant n’a jamais réellement régné et meurt en captivité en 1795, mais son oncle reconnaît symboliquement cette succession et prend donc le numéro XVIII.
Louis XVIII comprend que la France de 1814 ne peut pas simplement revenir à celle de 1789. La Charte constitutionnelle maintient notamment l’égalité civile et une partie des transformations issues de la Révolution et de l’Empire, tout en rétablissant un roi doté de pouvoirs importants et deux chambres.
Napoléon revient brièvement au pouvoir en 1815 pendant les Cent-Jours, obligeant Louis XVIII à quitter la France. Après la défaite définitive de Napoléon à Waterloo, le roi revient et règne jusqu’à sa mort en 1824.
Son frère Charles X lui succède.
Plus attaché aux conceptions traditionnelles de la monarchie et au rôle de la religion, Charles X se heurte progressivement à une opposition politique croissante. En juillet 1830, il tente notamment de limiter fortement la liberté de la presse et de modifier le fonctionnement électoral par une série d’ordonnances.
Paris se soulève pendant les « Trois Glorieuses », les journées révolutionnaires des 27, 28 et 29 juillet.
Charles X abdique.
La branche aînée des Bourbons ne remontera plus sur le trône de France.
Louis-Philippe devient ensuite « roi des Français », mais il appartient à la maison d’Orléans.
C’est une autre histoire dynastique.