Capétiens
987 – 1328
3 siècles15 roisÉlu en 987 à la tête d’un domaine encore modeste, Hugues Capet inaugure une dynastie dont la première force sera la continuité. En un peu plus de trois siècles, ses descendants rendent la succession héréditaire presque évidente, agrandissent le domaine royal et transforment progressivement une royauté fragile en un pouvoir capable de s’imposer aux grands princes.
En 987, les grands du royaume choisissent Hugues Capet pour succéder à Louis V, dernier roi carolingien de la branche régnante. Hugues appartient aux Robertiens, famille puissante déjà présente au premier plan depuis plusieurs générations. Deux de ses parents, Eudes et Robert Ier, ont même porté la couronne avant lui.
Mais être roi ne signifie alors nullement gouverner tout le royaume comme le ferait un chef d’État moderne.
Le domaine que Hugues contrôle directement est relativement réduit et principalement situé entre Paris et Orléans. Ailleurs, ducs et comtes gouvernent de vastes principautés où l’autorité royale peut être lointaine. Certains disposent de davantage de terres et de ressources que le roi lui-même.
La force des premiers Capétiens sera d’abord de durer.
Quelques mois après son élection, Hugues fait sacrer son fils Robert afin de sécuriser sa succession. Ses premiers descendants feront de même. Cette précaution est essentielle : tant que le principe héréditaire n’est pas totalement acquis, associer le fils au trône du vivant de son père évite qu’un autre candidat soit choisi à la mort du roi.
Pendant plusieurs générations, chaque roi laisse justement un fils capable de lui succéder. À force de répétition, ce qui était une précaution devient une habitude, puis presque une évidence. Le roi n’a bientôt plus besoin de faire couronner son fils de son vivant : tout le monde s’attend désormais à ce que le fils du roi devienne roi.
Pendant ce temps, l’autorité capétienne progresse lentement. Les souverains utilisent leurs terres, leurs alliances, leur rôle de protecteurs de l’Église et leur position particulière au sommet de l’ordre féodal pour étendre leur influence. Mais ils doivent composer avec des princes extrêmement puissants.
Au XIIe siècle, l’un d’eux représente un défi spectaculaire : le roi d’Angleterre.
Henri II appartient à la dynastie des Plantagenêts. Il règne sur l’Angleterre mais possède également, directement ou par héritage et mariage, d’immenses territoires sur le continent : Normandie, Anjou, Maine, Touraine et Aquitaine notamment. Le paradoxe est remarquable : pour ses possessions situées dans le royaume de France, le roi d’Angleterre est juridiquement le vassal du roi de France, alors même qu’il contrôle des territoires bien plus vastes que le domaine personnel de ce dernier.
C’est contre cette puissance que Philippe II Auguste va profondément modifier le rapport de force.
Il exploite les divisions de la famille Plantagenêt, affronte successivement Henri II, Richard Cœur de Lion puis Jean sans Terre et récupère une grande partie de leurs possessions continentales, notamment la Normandie en 1204. En quelques décennies, le domaine contrôlé directement par le roi de France change d’échelle.
En 1214, cette progression est menacée par une vaste coalition comprenant notamment l’empereur germanique Otton IV et plusieurs grands princes alliés au roi d’Angleterre Jean sans Terre. Philippe Auguste les affronte à Bouvines, dans le nord du royaume, et remporte la bataille.
Bouvines n’est donc pas seulement une victoire militaire spectaculaire. Elle confirme que le roi capétien est désormais capable de défendre les gains réalisés contre une coalition de puissants adversaires. Elle renforce également son prestige dans le royaume.
L’accroissement du domaine pose cependant une nouvelle question : comment gouverner davantage de territoires ?
Philippe Auguste s’appuie notamment sur des baillis et des sénéchaux, agents chargés localement de représenter le roi, d’administrer ses intérêts, de rendre certaines décisions de justice et de surveiller ses revenus. Le pouvoir royal commence à disposer de relais plus réguliers.
Un siècle plus tard, Louis IX — Saint Louis après sa canonisation — donne à la royauté une image différente mais tout aussi durable. Il cherche à apparaître comme un souverain chrétien et un roi de justice, capable d’arbitrer les conflits. Dans le même temps, les institutions du royaume continuent à se spécialiser.
Sous Philippe IV le Bel, à la fin du XIIIe siècle, la transformation est encore plus visible. Le roi s’entoure de juristes, développe les moyens financiers et administratifs de la couronne et affirme fortement sa souveraineté, y compris dans ses conflits avec la papauté. Le royaume d’Hugues Capet semble désormais très lointain.
Et puis la mécanique successorale qui avait si bien servi la dynastie se dérègle brutalement.
Louis X meurt en 1316 alors que son épouse est enceinte. Leur fils, Jean Ier, naît quelques mois plus tard et devient roi dès sa naissance, mais il meurt après seulement quelques jours. Le frère de Louis X, Philippe V, prend alors la couronne. À sa mort sans fils, leur frère Charles IV lui succède.
Charles IV meurt à son tour en 1328 sans héritier mâle.
Pour la première fois depuis Hugues Capet, il n’existe plus de fils ni de frère capable de poursuivre directement la lignée. Plusieurs parents peuvent revendiquer la succession, notamment le roi d’Angleterre Édouard III, petit-fils de Philippe IV par sa mère, et Philippe de Valois, cousin de Charles IV par la lignée masculine.
Le choix de Philippe de Valois met fin aux Capétiens directs.
Mais pas aux Capétiens.