Probablement né vers 866, Robert gouverne pendant plus de vingt ans un puissant réseau de comtés et d’abbayes au service de Charles le Simple. La rupture de 922 le porte au trône ; sa mort à Soissons, onze mois plus tard, laisse pourtant son parti maître du terrain et son fils maître de la puissance familiale.
Probablement né vers 866, Robert est le second fils de Robert le Fort et le frère cadet d’Eudes. En 898, il accepte la succession de Charles le Simple et reçoit ou conserve des responsabilités entre Seine et Loire. Il sert ensuite le Carolingien pendant plus de vingt ans. Cette longue coopération construit son poids politique bien davantage que les onze mois de confrontation royale qui terminent sa vie.
Robert commande un réseau plutôt qu’un territoire continu. Ses comtés lui donnent des droits locaux et des hommes ; Saint-Martin de Tours, Saint-Denis et d’autres abbayes lui apportent revenus, terres et prestige. Comme abbé laïc, il protège ces établissements et contrôle une partie de leurs ressources, tandis que les moines assurent la vie religieuse. Ces points d’appui reliés par des fidélités font de lui le premier des grands du royaume.
En 911, Robert rejoint la coalition qui repousse les Vikings de Rollon devant Chartres. Charles le Simple négocie ensuite l’accord associé à Saint-Clair-sur-Epte et installe Rollon autour de Rouen. Les récits tardifs ont ajouté à cette séquence des scènes difficiles à vérifier. Un fait demeure solide : pour stabiliser la basse Seine, le roi carolingien a besoin des forces que Robert et les autres princes peuvent rassembler.
Après 918, l’accord se fragilise. Charles concentre son action en Lotharingie et favorise Haganon, un conseiller que les princes jugent trop peu élevé pour recevoir autant d’honneurs. Or un honneur représente des terres, des revenus et des hommes : le déplacer modifie l’équilibre entre familles. En 922, Charles retire l’abbaye de Chelles à Rothilde, belle-mère d’Hugues le Grand, et la donne à Haganon. Ce geste atteint directement le réseau robertien et cristallise des griefs plus anciens.
Au printemps 922, les opposants passent de la pression à la rupture. Ils choisissent Robert à Reims le 29 juin, puis Gautier de Sens le consacre à Saint-Remi le lendemain. Son âge, son expérience et les forces de son réseau rassurent la coalition. L’onction transforme leur chef en roi chrétien publiquement reconnu. Charles garde toutefois son titre aux yeux de ses partisans et rassemble une armée : deux royautés concurrentes sont désormais en guerre.
Robert cherche aussitôt une reconnaissance extérieure. Au début de 923, il rencontre Henri Ier de Germanie près de la Roer, dans une Lotharingie disputée entre les souverains. Une entente avec Henri peut isoler Charles et donner au nouveau roi un interlocuteur de même rang. Ces négociations montrent que le conflit dépasse une querelle de cour : chacun tente de contrôler alliances, routes et fidélités autour de la frontière orientale.
Charles recrute en Lotharingie et marche rapidement vers Soissons. Le 15 juin 923, les deux armées se rencontrent. Flodoard, qui écrit au plus près des faits, rapporte que Robert tombe « transpercé de lances ». Des chroniqueurs plus tardifs nomment un meurtrier ou mettent les deux rois face à face. Leur récit gagne en spectacle ce qu’il perd en proximité avec l’événement.
La mort de Robert laisse son armée en état de combattre. Hugues le Grand et Herbert de Vermandois maintiennent ou ramènent des forces, forcent Charles à reculer et gardent l’initiative politique. Le résultat devient alors lisible en quatre temps : Robert meurt, son camp tient, Charles se retire, puis les vainqueurs élisent Raoul de Bourgogne. La bataille emporte un roi sans rendre le pouvoir à son adversaire.
Les vainqueurs confient la couronne à Raoul, gendre de Robert, tandis qu’Hugues le Grand recueille les comtés, les abbayes et les hommes de son père. Les sources permettent plusieurs explications à ce partage des rôles : préserver l’union de la coalition, équilibrer les princes ou ménager les intérêts régionaux. Elles imposent surtout un constat. Robert transmet à son fils une puissance capable de durer ; la royauté revient à un autre membre de l’alliance.